Le 18 mars 2020

Chers visiteurs,

Malgré la situation actuelle, vous pouvez compter sur nous pour continuer à vous faire découvrir les richesses de notre territoire et vous raconter des histoires. Nous avons donc laissé la parole aux habitants, nos meilleurs ambassadeurs, pour vous faire voyager sur nos Terres. Une belle promesse d’évasion…

Vous souhaitez partager une histoire, un souvenir, une actualité lié aux Terres du Val de Loire ? Contactez-nous.

 

Les articles :

 


Meung-sur-Loire et ses moulins,

un patrimoine unique en France

Comme il est agréable de se balader le long des Mauves, ces petites rivières qui traversent et enserrent la cité de Meung-sur-Loire, et qui entraînaient autrefois les roues à aubes des anciens moulins. Saviez-vous que près d’une trentaine de moulins sont présents dans la ville ? Pour connaître l’histoire de ces moulins qui ont marqué durant des siècles la vie du territoire, il faut remonter au VIe siècle. C’est à cette époque que le moine Liphard eut l’idée, avec l’aide de ses disciples, de canaliser les Mauves en asséchant les marais où se développaient beaucoup de maladies. Les marais ont donc été canalisés vers des Mauves plus grandes, qui eurent assez de réserve en eau pour alimenter les trois bras arrivant dans la ville. Un procédé ingénieux qui a permis la construction de trente-sept moulins dans la vallée des Mauves dont vingt-sept à Meung-sur-Loire. Un site unique en France !

 

Une gestion rigoureuse de l’eau

Entre le moulin le plus haut situé sur les Mauves (le moulin de la Mothe) et celui le plus bas (le moulin de la Fontaine), la différence de hauteur est seulement de 17 mètres. Vous imaginez bien que pour pouvoir arriver à faire fonctionner ces 37 moulins sur un dénivelé aussi faible, il fallait une gestion de l’eau très rigoureuse. Une réglementation a donc été mise en place en 1585. Des pierres de repère étaient ainsi placées devant chaque moulin. Un garde rivière était chargé de vérifier que le niveau de l’eau ne dépassait pas cette pierre. La réglementation a évolué à plusieurs reprises, au fil des siècles.

Des moulins en veux-tu, en voilà !

Au départ, tous ces moulins se sont construits pour nourrir la population avant de se diversifier, au fur et à mesure des siècles, selon les demandes et les crises économiques. Certains moulins à farine ont ainsi été transformés en moulin à papier au XVe siècle. L’Université d’Orléans, l’une des plus anciennes du pays, avait de grands besoins en papier. Il a donc fallu répondre à cette demande. Toujours pour des raisons pratiques, il y a eu aussi des moulins pour la tannerie au XVIIIe siècle. Les cuirs de Meung-sur-Loire étaient assez réputés grâce à leur conditionnement. La dernière tannerie qui a fonctionné faisait du cuir pour la fabrication des brelages militaires. D’autres moulins ont servi à faire de la poudre à canon ou encore à la fabrication des liards, la monnaie de l’époque, frappée ensuite à La Monnaye en centre-ville. N’oublions pas les moulins à chamoiser, qui servaient à assouplir les peaux et les moulins à foulon qui permettaient de fouler les draps et donc de les assouplir. Une activité très complète et diversifiée !

Aujourd’hui, plus aucun moulin à Meung-sur-Loire ne fonctionne, à part le moulin de Cropet, qui a été remis en route par l’Association et ses propriétaires. Il s’agit du dernier moulin à faire de la farine Meung-sur-Loire, à titre éducatif et touristique.

Lors de votre prochaine visite, ne manquez pas la découverte de ce patrimoine exceptionnel, le long des Mauves. Vous pouvez aussi faire une demande de visite guidée avec l’Association auprès de l’Office de tourisme dont nos locaux, à Meung-sur-Loire, se situent dans l’ancien moulin de la Poterne.

⇒ Philippe Régnier, Président de l’Association pour la sauvegarde de la mémoire des moulins des Mauves.

 

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Les recettes historiques du château de Meung-sur-Loire

Saviez-vous qu’au Moyen Age, la consommation régulière de lait était signe de pauvreté ; qu’au XVe siècle un homme prouvant que sa femme lui a fait manger des œufs en Carême pouvait obtenir le divorce ; ou bien encore qu’au XVIIe siècle, le potage ouvrait obligatoirement le repas ? Autant d’anecdotes historiques partagées dans le livre « Les recettes historiques du château de Meung-sur-Loire » de Marie de Rasse, Docteure en Histoire et médiatrice culturelle.

Si les paysages et les bâtiments structurent notre territoire, les produits du terroir et nos recettes ancestrales en font un supplément d’âme essentiel. Le Château de Meung-sur-Loire est un formidable terrain d’expérimentation culinaire. Chaque été, avec Les Instants d’Histoire, des dizaines de recettes sont ainsi préparées au château et dégustées. Un moment de convivialité très apprécié des visiteurs. Avec « Les recettes historiques du château de Meung-sur-Loire », Marie de Rasse nous invite à un véritable voyage dans le temps. Elle nous partage des recettes cuisinées par nos ancêtres, du Moyen Age au XVIIIe siècle, ponctuées d’anecdotes historiques, faisant écho à des moments de vie du territoire et du Château de Meung-sur-Loire.

On relève par exemple la recette du Cotignac, spécialité orléanaise, traditionnellement présentée dans une boîte en écorce de bois. Au XVIIIe siècle, c’est l’évêque Jarente de La Bruyère qui approvisionnait Louis XV et sa famille, notamment ses filles qui en étaient friandes, au point de le réveiller en pleine nuit en son château de Meung-sur-Loire quand elles venaient à en manquer ! Ou encore la recette du pain perdu en hommage au plus célèbre prisonnier du château, le poète François Villon, qui résida bien malgré lui en 1461 dans les prisons de l’évêque. Il fut nourri au pain sec et à l’eau…

Trois questions à Marie de Rasse

Marie, quel est votre rapport avec la cuisine ?

Je suis gourmande, depuis toute petite. J’ai la chance d’avoir une maman qui nous a toujours laissé trainer dans ses jambes à la cuisine, qui nous a appris des recettes (même quand « faire la cuisine » se limitait à faire un gâteau au yaourt et laisser Maman nettoyer…). Et je suis curieuse. Du coup, les recettes historiques, ça donne un petit côté défi personnel ! D’autant plus que la cuisine, c’est le partage, aussi. J’ai beaucoup plus de mal à cuisiner pour des gens que je n’apprécie pas… Et au château, grâce à Xavier et Elise qui m’ont encouragée et me font confiance, je peux expérimenter ET partager. Il ne faut pas oublier que le mot « convivialité » vient de la table : le convive, c’est celui avec qui on partage son repas. La cuisine historique au château, c’est un moment formidable, très enrichissant : la cuisine abolit les frontières (des pays, de la langue, des cultures…). J’ai partagé « mes » recettes autant que reçu des recettes de visiteurs : l’été dernier, des Hollandais m’ont recontactée parce qu’on avait parlé d’un fromage bleu de Hollande recommandé dans la Cuisinière Bourgeoise (édition de 1794) dont je n’arrivais pas à trouver trace, j’ai maintenant le nom d’un fromage possible. Piste à suivre ! La cuisine, dans ces conditions, c’est autant nourrir le corps que l’âme.

 

Comment se passe la préparation des recettes ?

De par ma formation (historienne), j’applique la méthodologie qu’on m’a apprise. Faire l’état des sources (livres de cuisine pour les recettes, mais d’autres sources également pour avoir des compléments : études archéologiques, inventaires pour le matériel, etc…) et la bibliographie (lire les travaux les plus récents en terme de recherche, se tenir à jour des dernières études…). Ça me permet d’avoir un discours pédagogique avec une base scientifique et pas seulement de faire de la cuisine en costume. Ensuite je sélectionne les recettes : pour la cuisine XVIIIe, je travaille principalement à partir des ouvrages de Menon, et notamment sa Cuisinière Bourgeoise, qui a été le best-seller des livres de cuisine de l’époque. Je suis limitée dans mon choix par plusieurs facteurs : mon équipement (nous n’avons pas de rôtissoire au château, par exemple), mes capacités (je ne suis pas cuisinière professionnelle !), et les ingrédients (il est devenu impossible de se procurer du palais de bœuf, par exemple, malgré toute la bonne volonté de mon boucher…). En 2019, je m’étais imposée également de respecter le calendrier jour maigres/jours gras, comme cela se faisait à l’époque (pas de viande en jours maigres). Pour l’été 2020, je vais continuer dans cette voie, avec notamment des tests de recettes de poisson (je suis en contact avec un pécheur de Loire…). Ah, dernier critère : mes goûts personnels !

Y a-t-il parfois des ratés ?

Oh oui ! Je ne suis pas cuisinière professionnelle et n’ai pas certains tours de main. Or, mes sources (des livres de cuisine du XVIIIe siècle) étaient destinées à des professionnels, toutes les étapes de la recette ne sont pas forcément détaillées. Ou parfois imprécises… j’ai notamment le souvenir d’une sauce pour un rôti de lapin, préparée en 2017, qui fut… épique : la recette indiquait d’épaissir la sauce à la farine, mais ça n’a pas été totalement concluant puisque je me suis retrouvée avec des grumeaux, impossible de faire prendre la sauce. Il a fallu la rattraper en tamisant, redélayant les grumeaux dans un bol à part, bref… Grand moment de solitude également en testant le gâteau à la crème, qui est concrètement une pâte brisée mais à la crème, que l’on travaille en pâte feuilletée (pâte, beurre, on plie, on donne un tour, on recommence…). Je me suis retrouvée avec une brique. Cette recette, j’attends de pouvoir la réessayer, avec un cuisinier pro qui sait faire la pâte feuilletée…

 

⇒ Vous pouvez commander le livre « Les recettes historiques du château de Meung-sur-Loire » depuis le site internet du Château de Meung-sur-Loire.

 

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Une odeur Ô miraculeuse ! 

Vue de Beaugency depuis la rive gauche de la Loire

Vers l’an 580, Simon Ier avait à Beaugency, un château en bois et torchis. Le malheureux était atteint de la lèpre et à cette époque, ça ne sentait pas bon. Non pas car ils ne se lavaient pas, mais à cause de la maladie. Un jour de janvier, il ouvrit sa fenêtre qui donnait du côté de la Loire et sentit une odeur douce et agréable. D’un seul coup, les oiseaux se mirent à chanter, les fleurs à fleurir, comme si le Printemps arrivait. Ô Miracle, sa lèpre disparue.

Quelques temps après, Simon Ier rencontra dans son château un voyageur qui descendait d’Amiens et qui passait par Beaugency. Ils dînèrent ensemble et apprit alors qu’au chapitre d’Amiens, les prêtres de la cathédrale s’étaient réunis pour savoir où se trouvaient les restes de Saint-Firmin, mort martyr en 303. Fils d’un sénateur romain, il convertit, durant sa vie, un grand nombre de foules au catholicisme. Le clergé d’Amiens adjura de prier pour découvrir le corps du saint. Au troisième jour, on vint les prévenir qu’un rayon de soleil marqua un emplacement, derrière l’église Saint-Acheul. En creusant, ils y découvrirent la tombe de Saint-Firmin d’où émanait une odeur suave. Odeur qui arriva jusque sur les bords de Loire et sous la fenêtre de notre Simon Ier. Il fut convaincu que sa guérison était liée à la découverte des reliques du Saint.

Il délaissa alors son statut et fit don de ses terres de Beaugency au chapitre d’Amiens. Sans oublier que chaque année, la ville de Beaugency versa une pièce d’or que l’on nomma « Maille d’or » pour soutenir les étudiants d’Amiens qui venaient étudier à Orléans. Un paiement qui dura jusqu’à la Révolution française. Si vous passez par Beaugency, ne soyez pas surpris de trouver une rue de la Maille d’Or.

 

⇒ Une anecdote historique racontée par Christian Pons, guide bénévole‎.

⇒ Bien d’autres histoires sont à découvrir lors des visites guidées de Beaugency.

 

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